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Management football : Croatie- Espagne : le 9 sur le 6 ! Le coup tactique payant de Z.Dalic !

Comment passer d’une cuisante défaite 6 à 0 à une victoire 3-2 en l’espace de quelques semaines ? Peut-être en faisant preuve d’adaptabilité et d’innovation tactique… Z.Dalic, le coach croate a réussi le tour de force en faisant valoir une animation défensive tout à fait singulière lors du match opposant son équipe à la sélection ibérique. Retour sur un coup tactique gagnant et qui sait inspirant… 

Les supporters espagnols n’en sont pas revenus. Comment, mais comment leur sélection, supérieure dans tous les domaines du jeu quelques semaines auparavant, ont-ils pu s’incliner face à aux croates ? Pour tenter de trouver une explication rationnelle, il convient dans un premier temps de revenir à la composition des deux formations. Les voici telles qu’annoncées avant le match (schéma 1 et 2 ci-desous).

Les hispaniques se sont donc présentés dans leur traditionnel 4-3-3 avec un milieu de terrain pointe basse. De leurs côtés, les croates ont privilégié le même système, avec pour leur part un triangle supposé pointe haute. « Supposé » car dans les faits, Modric a majoritairement évolué comme un véritable N°6 bien plus que comme un n°10. Une spécificité sans doute liée aux caractéristiques du capitaine croate jamais autant à l’aise que lorsqu’il a le jeu devant lui. Il va sans dire que le football, activité dynamique par excellence, ne se résume pas au positionnement initial des compositions statiques sur papier mais celles-ci nous donnent tout de même des indications sur la répartition géographique des forces en présence sur le terrain. Le schéma n°3 nous donne ainsi à voir que, théoriquement, deux hommes se retrouvent sans adversaires directs dans leurs zones : Modric pour les finalistes de la dernière coupe du monde et Busquets pour les espagnols.

 Partant de ce constat, on peut essayer d ’imaginer le dilemme tactique proposé à Dalic le sélectionneur Croate : comment donner les clés du camion à Modric tout en empêchant Busquets de dicter le rythme du jeu ? La solution proposée s’avère pour le moins originale. Plutôt que de demander à Modric d’avancer dans la zone d’évolution de Busquets, Dalic a mis en place une animation dans laquelle ce rôle était dévolu à l’avant-centre Kramaric qui dès la perte de balle redescendait à hauteur du N° 6 espagnol (voir schéma 4) ! Autrement dit, lors de ces phases de transition offensive-défensive, les locaux basculaient d’un schéma en 4-3-3 vers un de 4-4-2 losange quelque peu hybride ou l’avant-centre endossait le rôle de marquage du n°6 adverse dévolu à un N°10 traditionnellement.

En ciblant Busquets et en coupant la relation défense –milieux de terrain, les croates ont déréglé la mécanique de jeu espagnole…

Oui, le n°9 en quasi marquage individuel sur le N°6 adverse, voilà qui n’a rien de classique ou d’habituel… Dans les faits, il faut immédiatement préciser qu’en se plaçant sur les lignes de passe de la défense espagnole en direction de leur meneur de jeu reculé, Kramaric a incontestablement déréglé l’ordonnancement de la mécanique de jeu ibérique. Une évidence matérialisée par une simple statistique : le premier tir des hommes d’Henrique a eu lieu à la 43 ème minute ! Une éternité pour une formation traditionnellement dominatrice et s’appuyant sur la possession du ballon. En ciblant Busquets les croates ont coupé la relation entre les défenseurs et l’habituel premier relais du milieu de terrain espagnol. Celui-ci ne pouvant plus alors effectuer les premiers décalages ou adresser les passes destinées à alimenter ses attaquants. Ainsi Isco notamment, pourvoyeur privilégié de Busquets a été sevré de ballons et s’est trouvé dans l’incapacité de diriger les manœuvres offensives des hommes de Luis Enrique pendant la preque totalité du match. Les lecteurs attentifs émettront peut-être quelques réserves sur cette animation défensive singulière. Lorsque l’avant-centre passe une bonne partie de son temps à défendre dans le rond central, il ne se trouve plus par définition à la conclusion des actions. C’est exact. Mais c’est oublier qu’en proposant un 4-3-3, il demeure deux autres attaquants susceptibles de faire planer une menace sur l’arrière-garde adverse. Ainsi, à au moins deux reprises dans la seule première mi-temps, Kramaric a distillé des ballons presque décisifs à Perisic et Rebic après avoir récupéré des passes destinées initialement à Busquets à hauteur de la ligne médiane (voir schéma n°5)   

Par ailleurs, lorsque le ballon était récupéré un cran plus bas, notamment par l’intermédiaire de Modric, Kramaric reprenait son rôle classique de N°9 en se projetant vers l’avant en proposant, entre autres, des appels entre les deux défenseurs centraux de la Roja.

Dans les deux cas de figure, la défense espagnole a ainsi dû composer avec des attaquants lancés à pleine vitesse suite à des transitions défensives-offensives cette fois-ci. Est-ce que cette animation est appelée à fonctionner dans d’autres circonstances, nous ne nous risquerons pas à le prétendre. Toutefois, on doit constater que les croates l’ont emporté alors que le rapport de force semblait très largement en leur défaveur (pour rappel ils avaient encaissé un sévère 6-0 quelques semaines auparavant) et que les espagnols ont semblé tout particulièrement désemparés tandis que l’influence de leur N°6 s’émiettait au fil du marquage individuel dans l’axe du terrain de Kramaric sur Busquets. Au final, il n’est sans doute pas faux de prétendre qu’en faisant preuve d’originalité dans l’animation défensive de sa formation, Dalic a également remporté le match tactique l’opposant à L.Henrique.

Olivier GOUTARD

Commentaires (4)

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Cela à fonctionnait et c'est tant mieux pour les croates, chaque weekend, nous voyons les adversaires du barça qui essaient de neutraliser le jeu de Busquets avec un repli des attaquants sur lui et cela ne marche pas forcément.

Je me souviens...

Cela à fonctionnait et c'est tant mieux pour les croates, chaque weekend, nous voyons les adversaires du barça qui essaient de neutraliser le jeu de Busquets avec un repli des attaquants sur lui et cela ne marche pas forcément.

Je me souviens d'un apocalyptique barca-psg en match retour de C1 il n'à pas si longtemps sous l'ère Emery avec un 4-3-3 du PSG et une consigne à Cavani pour qu il vienne marquer Busquets dans l'animation def et durant ce laps de temps les ailiers de paris ( di maria et draxler ) devaient fermer les circuits de passe vers les latéraux en empêchant aussi les centraux d'orienter le jeu, ce qui se transformait aussi en un losange hybride sans ballon....on se souvient tous de la gifle reçue avec pourtant les mêmes principes que le coach croate.

de mémoire, je crois que cavani à touché ce jour la pas plus de 20 ballons dans le match (il à quand même réussi à marquer le seul but du PSG)

Il faut une sacrée coordination défensive des les transitions off / def...je rappelle aussi que l'espagne n'est pas passée loin d'égaliser voir de passer devant au score avec un peu plus d'efficacité off et cet article n'aurait pas vu le jour peut être
mais en tout cas, c'est bien d'échanger

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Bonjour Cédric,
Vous avez bien raison de rappeler que chaque match détient sa vérité.
Ce qui fonctionne lors d'une recontre, voire lors d'une partie du match peut tout à fait s'avérer contre productif quelques jours ou minutes plus tard. En...

Bonjour Cédric,
Vous avez bien raison de rappeler que chaque match détient sa vérité.
Ce qui fonctionne lors d'une recontre, voire lors d'une partie du match peut tout à fait s'avérer contre productif quelques jours ou minutes plus tard. En revanche, même en cas de victoire de l'espagne, je crois que cette animation du 9 sur le 6 aurait été mise en avant dans la mesure où elle a quand même très fortement contribué à pertuber le jeu des hommes d'Enrique. En fait,si l'on excepte leur merveilleux premier but (quel régal !!!), les espagnols ne m'ont jamais semblé en capacité de l'emporter. Pour rappel, leur deuxième but est consécutif à une main du latéral droit croate suite à une mauvaise appréciation du rebond du ballon alors qu'il n'y avait pas de danger manifeste. Même menés, les ibériques ne sont pas parvenus à trouver une solution visant à suppléer Busquets dans son rôle d'organisateur. Maintenant, si les croates devaient refaire le même match avec les mêmes consignes, rien ne dit qu'ils ne reprendraient pas une volée cette fois encore....
Merci de votre commentaire Cédric.

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Une excellente remarque concernant Kramaric ! Que ce soit à Hoffenheim ou en sélection, ce joueur semble inspirer ses entraîneurs. L'occasion de constater également que si le choix du systèrme demeure du ressort du coach, les animations...

Une excellente remarque concernant Kramaric ! Que ce soit à Hoffenheim ou en sélection, ce joueur semble inspirer ses entraîneurs. L'occasion de constater également que si le choix du systèrme demeure du ressort du coach, les animations attenantes sont d'abord et avant tout conditionnées par les spécificités des éléments disponibles. Dans les deux cas, les techniciens font valoir des animations de jeu s'appuyant sur le volume de jeu hors norme de cet attaquant.
Quant aux ailiers, ils ont géré les couloirs sans trop de difficultés dans la mesure ou la sélection espagnole n'est pas parvenue à s'installer dans la moitié de terrain adverse comme elle a l'habitude de le faire. Au final, ils ont donc pu tenir des posiitons hautes sur le terrain et le plan de Dalic a fonctionné à merveille.
Merci pour ton analyse et de ton justesse de ton commentaire Baptiste.

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A noter que, lors des rares matchs d'Hoffenheim que j'ai pu voir, Kramaric était également utilisé dans un rôle hybride. En effet, il passe (ou passait) d'attaquant à milieu dans l'animation "unique" de Nagelsmann. Ça mets en avant le travail en...

A noter que, lors des rares matchs d'Hoffenheim que j'ai pu voir, Kramaric était également utilisé dans un rôle hybride. En effet, il passe (ou passait) d'attaquant à milieu dans l'animation "unique" de Nagelsmann. Ça mets en avant le travail en amont de Dalic, qui a su intégré dans son plan de jeu la capacité rare de Kramaric pour contrecarrer le jeu hispanique... c'est le genre de réflexion que j'adore, et sur laquelle j'essaye de travailler au quotidien ayant souvent des joueurs que je vois jouer mais que je n'entraine pas (je suis coach d'une réserve en préfo).

Pour revenir sur ce match que je n'ai pas vu, quelle était l'attitude défensive des ailiers: ils suivaient avant tout leur latéral pour gérer l'espace, où coupaient-ils les lignes de passes des centraux adverses pour refermer le jeu?

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