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1 CONSIDÈRE-TOI COMME UN DÉCATHLONIEN DU FOOTBALL

Durant ma carrière, je disais souvent que je n’étais pas foot­balleur, mais gardien de but. Avec le recul, je me rends compte que c’était une erreur. Dans le football moderne, vous ne pou­vez plus vous permettre ce type d’approche et d’état d’es­prit. Je suis convaincu que j’aurais pu gravir encore quelques paliers si je m’étais intéressé davantage au jeu, aux systèmes mis en place par le coach, etc. Pour moi à l’époque, être dans la cage signifiait avant tout faire l’arrêt. Je n’étais centré que sur la finalité du poste. Or, ce n’est qu’une partie du job. Il y a tout un tas de choses qui se passent avant : la gestion de la profondeur, les distances avec le bloc… Le fait d’avoir été coach d’une équipe à 11, dans le cadre de mon BEF, m’en a fait prendre conscience. Aujourd’hui, je veille à ce que mes gardiens ne se coupent pas de l’équipe, mais aient une approche globale de leur fonction. Le gardien doit savoir se montrer performant dans tous les domaines, c’est un décathlonien du football.

2 TA CONCENTRATION DOIT ÊTRE PLUS FORTE QUE TES ÉMOTIONS

En match, il arrive fréquemment d’éprouver de la colère, de la frustration, de l’euphorie aussi, autant d’émotions qui nous envahissent et altèrent momentanément notre jugement. Der­rière, on précipite les choses, ou on les retarde… J’ai montré récemment à mes gardiens une vidéo sur laquelle on voit le portier messin arrêter un pénalty et sauter de joie. Une réaction normale, on l’a tous fait, moi le premier. Le problème, c’est que sur le corner qui suit, le ballon arrive dans les 6 mètres et tout laisse à penser, vu sa sortie, qu’il est encore sous l’emprise de l’émotion. But ! Dans la foulée, je leur ai montré la même situation, avec Buffon. Après l’arrêt, lui aussi exulte, mais on voit bien qu’il fait l‘effort au bout de 3 à 4 secondes, de revenir dans sa bulle de concentration. Sur le corner, il s’impose dans les airs. Le principe est le même, par exemple, lorsqu’un gar­dien s’engueule avec un défenseur qui a dégagé le ballon alors qu’il lui avait crié "laisse" ! Et pourquoi croyez-vous qu’autant d’équipes encaissent un but juste après en avoir marqué un ? Là encore, les émotions prennent le pas momentanément sur la concentration. C’est ce qui me fait dire aujourd’hui qu’un gardien qui signe une belle parade est plus en danger qu’avant d’avoir fait l’arrêt ! Alors qu’il était concentré, sur le qui-vive, il souffle d’un coup et se sent soulagé. Sauf que l’action suivante peut arriver rapidement…

3 NE TE DÉNATURE PAS, SOIS JUSTE EFFICACE

Chaque gardien est différent. Un Navas ne fait pas du De Gea et vice versa. Donc la seule chose que je leur demande est d’être efficace. Pas question de les formater techniquement. Certains disent "tout ce qui est au-dessus de l’épaule, c’est bras opposé". Non, chez moi c’est : "Tout ce qui est au-dessus de l’épaule, tu me le sors, point" ! La semaine, je pars du prin­cipe qu’il faut leur donner un maximum d’outils leur permettant de faire face à différentes situations : se coucher au sol rapi­dement, rester sur ses appuis face à l’attaquant, se déplacer sur coup franc en pas chassés, en pas escrimeur, etc. C’est à eux ensuite de les ressortir au moment opportun, de prendre la meilleure décision, en sachant que je ne les jugerai que sur un critère d’efficacité. Peu importe comment ils repoussent ou ré­cupèrent la balle, l’idée au final est d’anéantir l’action adverse, de transformer les défaites en matches nuls et les matches nuls en victoires. Il m’arrive de dire : "je ne suis pas satis­fait de ton arrêt d’un point de vue technique, parce que je considère que tu aurais pu la garder, mais il n’y a pas eu but et le ballon a été renvoyé dans une zone inexploitable pour l’adversaire, donc c’est OK". Pas de formatage, donc. Seule l’efficacité compte. De toute façon, un gardien de but ne peut réussir que sur ses points forts. Celui qui a un mauvais pied gauche, je vais réussir, par le travail, à faire en sorte qu’il ait un pied gauche moyen. Mais tout le temps que je vais y consacrer se fera au détriment de l’optimisation de son pied droit…

2018.S6.5 Intro

4 PRENDS DU PLAISIR ET FAIS L’EFFORT DE T’APPROPRIER LA SÉANCE

Sans plaisir, il n’y a pas de performance. Comme dans tout domaine, il faut aimer ce que l’on fait pour progresser et être performant. J’en suis convaincu. Aussi, je demande régulière­ment à mes gardiens d’essayer de prendre un maximum de plaisir à l’entraînement, voire de s’approprier la séance. Com­ment ? En leur demandant, par exemple, de choisir chacun un exercice. Ils ont alors un rôle participatif et doivent donner du sens à ce qu’ils font. Leur investissement n’en devient que plus important. Bien sûr, ce plaisir dans le travail est aussi induit par l’entraîneur. C’est pourquoi je renouvelle constamment les contenus, je les fais varier au maximum. Il n’y en a jamais deux pareils ! Dès que je fais un spécifique, il devient pour moi obso­lète. La curiosité et l’effet de surprise nourrissent le plaisir que doivent éprouver mes gardiens au quotidien. Pour des séances de meilleure qualité.

5 NE COMMENTE PAS LES PHASES OFFENSIVES

Sur des jeux réduits, la semaine, on entend souvent le gardien commenter les actions : "Frappe, donne-là, etc… !". Là, je dis stop. "Les gars, est-ce que sur une frappe, les joueurs vous disent : "arrête-là, sors-là… " ? Non. Quand le ballon est en phase offensive, le gardien a d’abord un devoir d’observer si l’équipe est bien organisée pour pouvoir anticiper la perte du ballon. Est-ce qu’on est trop haut ? Est-ce qu’on est trop bas ? Est-ce que mes défenseurs ne sont pas partis à l’abordage ? Est-ce que mes milieux sont en capacité de freiner la progres­sion adverse à la transition ? Il est là le rôle du gardien de but lorsqu’on a le ballon. En aucun cas il ne doit se focaliser sur la phase offensive, sur ce que font ou ne font pas les attaquants. Non seulement ça ne sert à rien, mais en plus ça énerve tout le monde. Je le sais puisque j’avais moi-même tendance à beau­coup trop commenter ! C’est donc mon vécu qui parle.

6 ACCEPTE LES SPÉCIFIQUES ATTAQUANTS QUI NE SONT QUE LA RÉALITÉ DU MATCH

Quand il y a des séances devant le but, que j’appelle "séances de mise en confiance de l’attaquant", je vois souvent des gardiens râler. Ils n’aiment pas ça car ils se font bombarder quasiment à bout portant. Moi, ce que je veux leur faire prendre conscience, c’est que 85% des buts en match sont marqués en une touche dans les 16m50. Donc lorsqu’on fait une telle séance qui peut certes s’apparenter à du "tir au pigeon", ça n’est juste que la réalité du match ! Une reproduction de ce qui va arriver en compétition. Mes gardiens doivent donc s’y investir à 100%. Je leur dit : "Ne soyez pas frustrés, mais prenez au contraire du plaisir. De toute façon, c’est ce qui vous attend. Si vous n’êtes pas prêts à subir de telles frappes la semaine, comment le serez-vous le week-end ?".

7 NE RESTE PAS PRISONNIER DES STATISTIQUES, FAIS AUSSI CONFIANCE À TON INSTINCT

2018.S6.5 JANOT 1De nos jours, les staffs peuvent s’appuyer sur des outils formi­dables leur permettant de récolter un maximum d’informations, de statistiques, sur l’équipe adverse ou sur un joueur en parti­culier. Des données très précieuses y compris pour le gardien de but, s’agissant notamment des tireurs de coup franc ou de penalty. Or, j’ai une anecdote à ce sujet. Un temps, à Saint-

Etienne, c’était Jean-Charles Ménard, le responsable de la cel­lule vidéo, qui me préparait ces petits topos vidéos sur les adversaires. A Cluj, en coupe d’Europe, l’arbitre siffle un péno contre nous au bout de dix minutes de jeu. L’attaquant, en face, avait pour habitude de les frapper du plat du pied, côté ouvert. Et je ne sais pas pourquoi, j’ai l’intuition qu’il va le croiser. Alors je plonge en conséquence, et je l’arrête ! A la fin du match, le coach me demande pourquoi je n’avais pas suivi les préconisations du montage vidéo. Je lui ai répondu que je l’avais senti comme ça, tout simplement. Voilà pourquoi je dis aujourd’hui à mes gardiens que mon job est certes de leur donner un maximum d’informations, mais qu’ils ne doivent pas en être prisonniers. Ce n’est pas parce que tel ou tel joueur a frappé tous ses corners au premier poteau au cours des 5 derniers matches, qu’il faut nécessairement anticiper ! Le gardien doit aussi laisser une place à son instinct, et ne pas hésiter à le suivre.

8 IL N’Y A PAS DE BALLON FACILE, QUE DES BALLONS À ARRÊTER

Je me suis souvent fait chambrer avec ça à Saint-Etienne, mais je répète souvent qu’il n’y a pas de ballon facile, que des ballons à arrêter. Il est facile seulement une fois qu’il est maî­trisé. Et encore… Cela m’est déjà arrivé, comme à d’autres, de penser déjà à la relance que j’allais effectuer avant même de récupérer un ballon "facile" et de le prendre entre les jambes… Voilà pourquoi je demande à mes gardiens de tou­jours rester concentrés, sur le moindre ballon, et de ne pas hésiter à le boxer en cas de doute…

9 FAIS PREUVE D’INTENSITÉ ET D’AGRESSIVITÉ DANS TOUT CE QUE TU FAIS

Moi, j’adore mon travail et je suis toujours dans la recherche. Et quand j’y réfléchis, je me dis que l’essentiel du poste de gardien de but, c’est de défendre un espace. Or, cette notion de défense ne peut se faire qu’avec une dose d’agressivité. Un animal, lorsqu’il veut défendre son territoire, il se montre agressif. Pareil pour un guerrier qui veut défendre son châ­teau… Et bien c’est pareil pour un gardien de but et sa cage. De l’agressivité dans le bon sens du terme, naturellement. Quand je jouais, je me disais parfois : "J’étais bien placé, j’ai analysé la situation, je n’ai pas commis d’erreur technique, et j’ai quand-même pris le but. Qu’est-ce qui m’a manqué ?". Et bien souvent, je me rendais compte que c’était parce que je n’avais pas mis la bonne intensité, la bonne dose d’agressivité. Peut-être que j’étais sorti non pas à 25 km/h, mais à 18… Et, à contrario, alors que j’étais mal placé sur un centre en retrait, cette situation de stress me poussait à sortir sur le mec avec envie et une forte dose d’agressivité, et je la sor­tais. C’est l’intensité que j’avais mis qui m’avait fait rattraper le coup. Aujourd’hui, je dis souvent à mes gardiens : "pour réaliser un arrêt, vous devez mettre une dépense énergétique équivalente à un sprint de 5 mètres". A défaut, vous vous mettez en difficulté pour effectuer l’arrêt. Voilà pourquoi je leur demande de prendre leur temps entre deux passages, de récupérer, mais par contre lorsqu’ils passent, je veux sentir une explosion… C’est une habitude à prendre au quotidien. Ce niveau d’engagement est valable quelle que soit la situation. Sur une frappe à 100 km/h, vous ne pouvez pas seulement mettre la main en opposition, vous êtes obligé de renvoyer quelque chose, une énergie, pour sortir le ballon.

10 RESTE SOUDÉ AVEC TES PARTENAIRES AU POSTE

Au sein d’un effectif, les gardiens de but sont concurrents, pas ennemis. Moi, lorsque j’étais doublure et que le numéro un prenait un but, j’avais mal pour lui, je ne m’en réjouissais pas. Ce qui ne m’empêchait pas, la semaine, de tout faire pour dé­montrer que j’avais le potentiel pour prendre sa place ! Mais à la loyale. Lorsque j’étais numéro un, je n’hésitais pas à propo­ser à ma doublure de jouer la Coupe de la Ligue, par exemple, au risque qu’il sorte un super match et mette le doute dans l’esprit du coach. Pour moi, c’était normal, je devais lui té­moigner de la reconnaissance. J’estimais qu’il m’aidait à être bon le week-end en étant performant et en me mettant la pression la semaine. C’était pour moi un partenaire, pas un adversaire. Voilà l’état d’esprit que je souhaite inculquer au­jourd’hui à mes gardiens. Comme je leur dit : un numéro deux ne prend jamais la place d’un numéro un. C’est le numéro un qui perd sa place.

Voilà de bonnes idées pour appréhender la relation et l’entraînement avec vos poulains ! D'ailleurs, contacté en préparation de l'article, il nous a livré son sentiment sur celui-ci : "L’idée est de se partager mon ressenti d’ancien joueur mais cela ne suffit pas. Il faut préparer ses séances, les analyser, les corriger et surtout, être capable de les moduler en cours de route. Et ça, ancien pro ou pas,  tu dois être extrêmement rigoureux dans la conception et dans l'analyse permanente dans l'action. Au quotidien, je m'attache à extraire des problématiques de match et à les retranscrire en spécifique. Je divise toujours mes spécifiques en 4 parties : l'échauffement, l'exercice technique avec une pédagogie du modèle exécutif, une situation avec une pédagogie du modèle décisionnel tactique et pour finir, un jeu avec une pédagogie du modèle auto-adaptatif." Encore, de bonnes idées pour vos séances...

Notre aventure sur le décryptage du poste et de l’entrainement des gardiens de but touche à sa fin ! Nous espérons vous avoir ouvert de nouveaux champs, apporter de nouvelles idées, proposer de nouveaux outils dans l’approche de l’entraînement de ce joueur si particulier. Nous vous donnons rendez-vous la semaine prochaine, semaine où il nous faudra gérer : Ligue des Champions et Saint-Valentin… Et pas forcément, dans cet ordre ! Passez un agréable week-end...

 

0 Signature articlesAuteur : Pierre SAGE
L’expert Blog Vestiaires, la semaine du coach
Twitter : @Pierre__Sage

 

 

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