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ADIEU FRANCIS

2018.S23 Intro

Revenir sur le Blog Vestiaires après une si mauvaise nouvelle n’est pas une mince affaire ! Comment parler de football sans rendre hommage à ce très grand Monsieur disparu hier ? Francis SMERECKI nous a quittés et il laisse derrière lui un grand vide… Fidèle à Vestiaires, fidèle au football, toutes les personnes qui l’ont côtoyé en tant qu’entraineur ou formateur garderont forcément le souvenir d’une personne impliquée, passionnée, ouverte et remplie de valeurs humaines. Pour que ses belles idées restent à jamais, nous avons choisi aujourd’hui de revenir sur l’entretien qu’il nous avait accordé en 2013 dans Vestiaires 49 lorsqu’il était sélectionneur de l’équipe de France U19. Morceaux choisis d’un échange plein de sagesse où le propos transpire l’authenticité, le discernement, l’intégrité et l’expertise.

ADIEU FRANCIS(…) Quel est le portrait-robot, en 2013, du footballeur à même d'être appelé en sélection de jeunes ?
Il n'y en a pas, car rien n'est figé. Encore une fois, il y a la place pour tous les profils ! Que ce soit le joueur collectif, plus individualiste ou celui, moins doué, mais qui se montre tellement au service des autres que ça passe… Prenez le Madrilène Arbeloa. Il n'a pas l'aisance technique d'un Xavi ou d'un Iniesta, mais il a sa place dans la sélection espagnole parce qu'il apporte autre chose à l'équipe. 

Tous ont bien un point commun…
Oui, le niveau d'exigence. Que ce soit dans le travail à l'entraînement, la diététique, l'hygiène de vie, l'engagement profond… Si le joueur n'a pas ça, il a peu de chances de réussir sur la durée.  

Sans parler de portrait-robot, êtes-vous d'accord néanmoins pour dire que les petits gabarits doués techniquement sont davantage considérés aujourd'hui qu'à une certaine époque où l'on privilégiait l'aspect athlétique ?
Je ne sais pas… Il faut se méfier des idées préconçues. Tout le monde parle des petits gabarits espagnols, mais l'on oublie qu'il y a aussi des Piqué, des Busquets, des Ramos, des Xabi Alonso qui sont tous à plus d'1m80 ou 1m85. Chez nous, Varane et Pogba, qui viennent d'arriver, culminent tous deux à plus d'1m90 !

Outre les aptitudes sportives, il y a aussi les qualités humaines. José Mourinho a déclaré un jour que le terme qui définissait le mieux la formation au FC Barcelone était le mot "éducation", qui rejoint forcément l'état d'esprit, le comportement… Y êtes-vous attentif en sélection de jeunes ?
On fait très attention. Cela dit, on a l'avantage par rapport au club de n'attendre, entre guillemets, aucun retour sur investissement. Il n'y a pas de lien contractuel. Le joueur vient pour huit jours et, si on se fâche avec lui ou si ça ne colle pas, on peut choisir de ne plus le prendre, point. En club, c'est différent. L'entraîneur est parfois contraint d'aligner un joueur dans l'optique de le transférer...

Après ce qui s'est passé en Afrique du Sud mais aussi chez les Espoirs, plus récemment, êtes-vous encore plus regardant sur le "savoir être" des joueurs ?
Je pense que oui. Maintenant, on ne peut pas non plus tout régler. La difficulté est que beaucoup ont abandonné. Que ce soit l'éducation nationale, voire l'éducation religieuse, mais aussi les parents pour différentes raisons…Et puis il convient à mon sens de différencier le monde des adultes de celui des sélections de jeunes. Avec ces dernières, nous avons encore un pouvoir, car le joueur reste en attente de notre aide pour réussir. Le foot n'est plus un ascenseur mais une fusée sociale ! Dans ces conditions, il est plus facile de faire respecter l'autorité. Une fois que le joueur est passé pro, c'est plus compliqué… (…)

2018.S23 SMERECKI 2

Christian Damiano a déclaré dans nos colonnes que, comparativement aux Anglais et aux Italiens, les Français n'avaient pas cette "notion de sacrifice, cette acceptation profonde de l'entraînement". Vous êtes d'accord ?
Oui. Cela me rappelle une anecdote vécue avec les moins de 17 ans au tournoi de l'Algarve, au Portugal, il y a quelques années. Les Anglais nous battent
2-0. Une défaite sans appel. Le lendemain, je rassemble les joueurs et m'adresse aux trois qui évoluent dans un club anglais : "expliquez à vos copains ce que vous faites en Angleterre pour que l'équipe arrive en match avec cette envie, cette gagne ?". Ils se regardent et me répondent : "bah, on ne fait rien de spécial. Quand on est là-bas, on se met simplement au même niveau que les autres".

Et alors ?
Et alors cela veut dire que lorsque nos joueurs reviennent en France, ils se relâchent inconsciemment ! C'est pour nous, formateurs, un axe de travail et de progression important. À partir du moment où nos jeunes prouvent qu'ils peuvent être animés par cette envie indéfectible de gagner lorsqu'ils sont ailleurs, sans rien faire de plus, on se dit qu'ils doivent forcément pouvoir le faire chez nous ! 

2018.S23 SMERECKI 3Oui, mais comment s'y prendre ?
Cela peut passer par des formes d'entraînement, plus combatives, par des causeries, par des statistiques portées à la connaissance des joueurs… Puisque chez nous, la culture de la gagne n'est pas naturelle, il nous faut trouver des subterfuges. C'est du conditionnement, mais avec la volonté derrière que cela s'inscrive durablement.

Cela oblige le technicien à faire preuve de créativité…
C'est sûr ! Lorsque nous sommes tombés de nouveau contre l'Angleterre au championnat d'Europe (1-1, NDLR), nous avions effectué un montage vidéo sur lequel chaque "tampon" était accompagné d'un son : le bruit d'une scie, d'un marteau-piqueur, d'une tronçonneuse… L'idée était de souligner concrètement l'impact des Anglais et de sensibiliser nos joueurs sur le fait qu'ils allaient devoir livrer un vrai combat.

Les joueurs ont accroché ?
Oui, je crois. Je me souviens également que nous étions dans le même hôtel que les Anglais. À chaque repas, ils nous passaient devant. La veille du match, j'ai dit à mes joueurs : "Ne vous laissez pas marcher sur les pieds. Ce soir, c'est vous qui allez chercher vos assiettes en premier ! Ils vont vous regarder, et ils vous laisseront passer…". Ce sont des détails bien-sûr, mais qui, mis bout à bout, participent à ce fameux conditionnement dont nos joueurs ont besoin.

On a entendu parler aussi de la métaphore du lion…
Oui, c'était aussi dans le cadre du championnat d'Europe. Avant la compétition, on recherchait avec le staff un fil conducteur autour duquel rassembler les joueurs. Or, nous étions en juillet qui est le signe du lion, et l'on a donc eu l'idée de partir là-dessus. Pour chaque match, nous avions préparé une métaphore autour de l'animal : il montre les crocs, il sort ses griffes… 

Décidément, il vous faut puiser des trésors d'imagination ! Ceci étant, vous êtes allé jusqu'au bout de la compétition, et avez remporté la finale...
Quand il chasse, un lion ne se laisse pas voler sa proie (rires). 

Adieu Francis ! Et surtout, merci…

 

Pierre Sage - Expert Blog Vestiaires, la semaine du coachAuteur : Pierre SAGE
L’expert Blog Vestiaires, la semaine du coach
Twitter : @Pierre__Sage

Commentaires (1)

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Un homme et un modèle d'élégance....

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