Docteur « 6 mètres » et Mister « Sortie de but »

Ce n’est pas tous les jours, ni même toutes les années, que l’on assiste à un changement majeur dans l’évolution de notre sport. À cet égard, la modification de la règle concernant les modalités d’exécution des 6 mètres ne trouve d’équivalent dans l’histoire « récente » du football que dans l’interdiction pour un gardien de se saisir du ballon à la main sur une passe en retrait. Lequel règlement date tout de même de 1992. Toutefois, avec l’instauration de la règle interdisant l’accès à la surface de réparation aux joueurs adverses sur les sorties de but, c’est bien à une modification en profondeur du jeu dont nous sommes les témoins. Pour l’heure, pour ce qui est de la meilleure manière d’utiliser la règle à son avantage, il faut bien le dire, tout le monde tâtonne un peu. Pour ne pas dire que certains pataugent purement et simplement dans la semoule ! Illustration par l’exemple avec le match Wattford – Arsenal ce dimanche 15 Septembre. Tout du long de la rencontre, les Gunners ont essayé se profiter de la règle en positionnant deux joueurs (Luiz et Sokratis) comme indiqués sur le schéma.

Deux joueurs situés derrière leur propre ligne des 6 mètres, l’image était déjà en elle-même un peu surprenante mais elle est devenue tout à fait bluffante dès lors que l’on a pu constater qu’à chaque nouveau coup de pied de sortie de but, le gardien Bern Léno effectuait une passe en diagonale en retrait à l’un ou l’autre de ses défenseurs centraux (voir schéma). On ne peut qu’essayer de comprendre la logique ayant pris racine dans l’esprit d’Unaï Émery. Sans doute, tandis qu’il préparait le match, le technicien espagnol a-t-il dû estimer que cette passe en retrait agrandissait l’espace entre le 1er attaquant adverse, situé à l’extérieur de la surface de réparation, et son premier relanceur. Ce gain d’espace devant se traduire, selon lui, par un gain de temps. Le raisonnement pouvait se défendre. Si ce n’est que les choses ne se sont pas passées du tout comme le coach (et les joueurs) l’espérait… Mais alors, pas du tout ! Dans les faits, les Gunners auraient même pu encaisser pas moins de 4 buts sur leurs propres 6 mètres ! Vraisemblablement un record du monde en la matière. D’ailleurs, c’est sur l’un de ces 6 mètres que les joueurs de Watford ont réduit le score (1-2) avant de parvenir à égaliser (2-2) au terme d’un match très largement maîtrisé par les londoniens. Mais à quel moment et de quelle façon ce qui pouvait s’apparenter à une bonne idée s’est transformée en une arme de d’autodestruction massive ? Sans doute est-ce que la faille dans le raisonnement tenu par le coach 3 fois vainqueur de la coupe UEFA tenait-il dans la distance à laquelle se trouvaient les deux défenseurs. Distance par rapport au positionnement du ballon au centre de la ligne des 6 mètres. Les deux défenseurs centraux se tenant entre 5 et 7 mètres du gardien de but au moment où il effectuait sa passe, celui-ci ne pouvait pas l’appuyer. Or, contrairement à ce que d’aucun pensent et croient, l’adversaire à le droit de rentrer dans la surface « dès que ballon est botté et a clairement bougé ». Et non pas « dès que le partenaire du gardien a touché le ballon ». Une nuance faisant une sacrée différence ! Ici, dans la mesure où le gardien adressait une passe molle à des partenaires proches, passe lente s’étirant sur plusieurs secondes avant de trouver son destinataire, les joueurs de Wattford disposaient donc du temps nécessaire pour pénétrer assez loin dans la surface et ainsi couper les angles de passes vers les milieux de terrain et les arrières latéraux des Gunners. L’occasion de constater que le gain d’espace n’est pas toujours concomitant à un gain de temps dès lors qu’il n’est pas validé par les éléments techniques en lien (ici le dosage de la passe sur des joueurs trop proches.)

Dans les faits, l’initiative de Unaï Émery s’est donc soldé par un fiasco ayant d’ores et déjà privé son équipe de points ô combien précieux. Mais il faut tout de même convenir que, sur le papier en tout cas, son idée avait des allures de petite trouvaille. Et peut-être même est-elle appelée à un futur prometteur dès lors que les distances entre les deux centraux et le gardien seront mieux appréhendées.

Quant à ceux que le sujet intéresse, nous les convions à un prochain post dans le blog VESTIAIRES pour arpenter avec eux quelques pistes de réflexion visant à assurer les premières relances à partir d’une sortie de but.

Olivier GOUTARD

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